interview réalisée par Francine Chantraine à l’atelier de Gilles Dulis en mars 1993

Quand et comment avez-vous appris la technique du fixé sous verre ?
Après avoir acquis à une vente aux enchères, il y a environ quinze ans un « fixé » qui m’avait fasciné, j’ai fait des essais sur des petits morceaux de verre. Le résultat m’a incité à poursuivre mes recherches, et depuis je n’emploie pratiquement que cette technique.
Pouvez-vous nous en expliquer la technique ?
L’appellation française de « fixé sous verre » couramment employée ne donne pas une idée exacte du procédé.
Le « fixé » était à l’origine une image collée au dos du verre, et non de la peinture appliquée sous le verre (le terme « églomisé » désigne les œuvres qui comportent des applications de feuilles d’or ou d’argent).
Certains spécialistes l’appellent « peinture sous verre » par opposition à la « peinture sur verre » utilisée dans la technique du vitrail. L’expression anglaise : « Reverse-painted glass » est plus significative.
En effet on peint sur l’envers du verre qui présente à l’endroit un aspect parfaitement lisse et donne une grande précision des contours.
Tout se passe à l’inverse d’une peinture traditionnelle. On commence par les premiers plans pour terminer par les lointains.
On pourrait presque dire qu’il faut commencer par la signature.








Cet impératif n’est-il pas un handicap ?
Oui et non.
On est en effet obligé de programmer à l’avance l’élaboration de son tableau. Mais, commençant par les premiers plans on peut, pour les plans suivants, venir en recouvrement sur les parties déjà exécutées qui resteront évidemment apparentes à l’endroit du verre.
Ce qui fait que, au fur et à mesure de l’avancement du travail, l’exécution est de plus en plus rapide.
Donc ce que vous avez réalisé disparaît petit à petit sur la surface de travail. Comment faites-vous pour vous repérer par la suite ?
C’est pour cette raison que je fais sur papier un dessin préparatoire très précis. Il faut penser à inverser l’image par rapport au résultat final comme on le fait pour la gravure.

Puis je pose, sur ce tracé, ma plaque de verre vierge bien calée par des butoirs en carton pour éviter tout glissement.
Alors vient le moment crucial de la première touche de couleur. C’est elle qui déterminera les valeurs et l’harmonie de l’ensemble.
Quelle peinture employez-vous ?
Tout simplement de la glycérophtalique. Elle a l’avantage de bien accrocher sur le verre et de polymériser rapidement ce qui permet des recouvrements simultanés sans miscibilité des couleurs.
… et le support ?
Ce sont des plaques de 4 mm d’épaisseur en verre trempé ou feuilleté qui résistent bien aux chocs.
Comment réalisez-vous vos dégradés ?
C’est la difficulté : on ne peut pas tondre les couleurs sur la surface de travail car le résultat serait tout différent sur la face recto du verre, d’où la nécessité de procéder par zones de valeurs successives. Il faut donc dessiner les passages ombre lumière à la façon des courbes de niveau d’une carte d’état-major.
Pouvez-vous faire des corrections ?
Eh non. Ni repentirs ni repeints.
On peut malgré tout effacer au white-spirit les parties fraîchement peintes sans attaquer les morceaux exécutés la veille.
Ou alors, si la peinture est sèche, il faut procéder par grattage ce qui est un gros travail.

J’ai aperçu dans votre atelier de drôles de palettes.
Oui, c’est mon truc. J’utilise en effet des plats à escargots recouverts d’un papier aluminium, ce qui me donne douze petits godets jetables.
En conclusion : pourquoi préférez-vous peindre sur verre ?
Étant plutôt brouillon de nature, cette technique m’oblige à beaucoup de méthode et de rigueur.
De plus j’aime bien l’effet parfaitement lisse de la peinture sous verre.
Les couleurs y ont une profondeur et un éclat particulier m’oblige à beaucoup de méthode et de rigueur.
De plus j’aime bien l’effet parfaitement lisse de la peinture sous verre.
Les couleurs y ont une profondeur et un éclat particulier.
Il faut mentionner en outre que les pigments à l’abri de toute oxydation conservent éternellement leur fraîcheur de ton.
